Histoire de notre Loge

Histoire de notre Loge

L’existence d’une Loge du nom de « La Chrétienne des Alpes » (CdA) en 1814 est prouvé par une lettre du 2 avril signée par le Maitre provincial du Grand Orient National Helvétique Romand (GONHR), à l’occasion de l’achat de la Constitution et du mobilier de la Loge « La Silencieuse » qui venait de disparaître à l’Orient de Vevey. Toutefois les traces de cette première Loge « Chrétienne des Alpes » manquent et l’origine de cette Loge avec ce nom doit être fixée en 1820.

Un registre intitulé « Journal et registres généraux de la Chrétienne des Alpes », portant la date de 1820 nous apprend que depuis longtemps de nombreux frères du GONHR sont mécontents de la manière dont certains s’acquittent de leurs devoirs maçonniques. Les Frères Gauchez, Bourgogne, Nicole, Muller, Baron de Firks, gentilhomme courlandais, et Jean-Gabriel Rumilly fondent la nouvelle Loge dans le but de travailler selon les vrais principes maçonniques.

Au début de 1821, La nouvelle Loge s’organise sous la présidence du Frère Nicole. La contribution annuelle est alors de 42 batz par année. Dans un premier temps, pour obtenir une patente, le jeune Atelier s’adresse à la Grande Loge écossaise à Edimbourg. Par la suite, les Membres de la CdA renoncèrent à poursuivre dans cette voie et s’affilièrent à la Grande Loge nationale Suisse (GLNS). Cet organe entérina cette adhésion par une patente de 1823 décernée à la Juste et Parfaite Loge de St-Jean sous le titre distinctif de « La Chrétienne des Alpes » (Document visible dans les murs de la CdA à Aigle). En 1823, la Loge comptait 15 membres qui se réunissaient une fois par mois le dimanche. En 1828, elle se réunit dans les locaux de « La Réunion des Cœurs Sincères » qu’elle finira par absorber.

Le nom « La Chrétienne des Alpes » a deux origines. Premièrement, parmi les fondateurs de la Loge, de nombreux Frères étaient Ministres (Pasteurs de l’Eglise réformée vaudoise) et étudiants en théologie. Par la suite plusieurs autres membres exerçant un ministère rejoignirent les Frères fondateurs. Ils entendaient donc assumer leur statut religieux. La deuxième origine du nom porte sur la région. A cette époque, les écrivains tels que Goethe, Lamartine, Byron et tant d’autres relèvent la symbolique des Alpes. Ce décor alpestre est sublimé et présente dans les esprits l’image de la force, de la vigueur de cette nature sauvage, difficile à dompter. Les auteurs décrivent le courage nécessaire aux habitants face à la puissance de ces sommets imposants. Au 19e siècle, les Alpes sont indissociables de la Suisse. Elles deviennent le symbole tout trouvé pour des Francs-Maçons désireux de travailler avec force, vigueur et courage au sein d’une Loge maçonnique. L’organe faîtier ne s’y trompe pas puisqu’il prendra le nom de « Grande Loge Suisse Alpina ».

Dans ses statuts[2], la CdA se réfère la maçonnerie de St-Jean et à l’esprit des Anciens Devoirs de 1723. A sa création, la Loge travaillait avec le rituel de la GLNS, sous les cinq grades. Il semble que le Frère Rumilly, affilié au Rite de Misraïm possédait une bonne partie des 70 grades. Il met en garde les Frères de la Loge du danger qu’il y à travailler avec trop de grades. En 1829, la Loge abandonne les 4ème et 5ème grades et ne conserve que les trois premiers grades symboliques. La CdA s’oriente alors vers un « Ecossisme » modéré réglé par le rite de Schroeder, encore en vigueur aujourd’hui. Dans la gestion administrative, la CdA adopte également certaines simplifications et le mode d’élection aux dignités qui entraîne des longueurs contraires au travail maçonnique  est modifié en supprimant les présentations et propositions faites à chaque grade (de 1 à 5).

Comme de nombreuses Loges, la CdA fut une Loge nomade, tenant ces travaux à Aigle, Bex, Ollon, Lausanne, Morges, pour se fixer à Vevey en 1828. En 1841, La CdA loue au pasteur Buttin, un nouveau local à Aigle, en Chevron, pour la somme de 64 fr. par an, à ce moment-là, la CdA compte 34 membres. En 1842, l’idée germe de fonder une union des Loges suisses. La CdA soutient avec enthousiasme cette mesure est sera l’une des Loge fondatrices de la Grande Loge Suisse Alpina (GLSA) à laquelle elle adhéra officiellement le 28 juillet 1846.

De 1849, à 1852, L’Orient fut transféré à Ollon puis regagna Aigle. Cependant un groupe de Frères préféra continuer les Travaux à Ollon et tomba ainsi dans l’irrégularité puis s’éteignit de lui-même en 1860.

La frappe d’un bijou de Loge est décidée lors d’une Tenue le 2 avril 1853 (probablement le 3, car la Loge se réunissait un dimanche). En 1854 la Loge compte alors 49 membres. De retour à Aigle, la loge s’installa dans la  Maison Veillard le 16 mars 1862 et restera dans ces locaux jusqu’en 1950.

La Loge poursuit ses travaux sans perturbations notoires. En 1914, à trois reprises, les discussions sont ouvertes afin de changer le nom de la CdA. C’est par respect pour la tradition et pour le passé de ceux qui ont œuvré à son maintien que le nom de la CdA est préservé. Il va sans dire que la liberté religieuse est totalement garantie au sein de cette Loge (Dirigée par un Vénérable Maître musulman de 2000 à 2003).

En 1920, la CdA exerçait la présidence des Loges vaudoises et s’apprêtait à fêter son centenaire. Il fut donc décidé de réunir l’assemblée des Loges vaudoises et le centenaire en une seule manifestation. Celle-ci se déroula le 12 septembre 1920 grâce au 54 Frères que comptait la Loge. En 1924, la CdA fut chargée d’organiser

la 72ème assemblée générale de la GLSA, qui eut lieu à l’Aiglon et sous la cantine des Glariers. Au gré des années, quelques faits divers viennent compléter les procès-verbaux. Relevons l’un de ceux de de 1934, qui mentionne le don 134 fr. par la CdA afin de participer aux frais d’un vitrail offert par les Francs-maçons vaudois à la Cathédrale de Lausanne.

C’est le 2 décembre 1951, que la CdA put acquérir ses propres locaux dans un immeuble au N° 4 de la rue de Jérusalem et s’installer définitivement à Aigle, dans ses locaux.

A partir des années 1960, à tort ou à raison la Loge s’est peu à peu refermée sur elle-même et les frères ont vécu en autarcie durant de nombreuses années, recevant peu de visiteurs et allant peu en visite. Cette façon de faire n’eut aucune d’incidence à court et moyen termes. Cependant, depuis les années 1990, la CdA peine à recruter de nouveaux Maillons et ainsi à rajeunir son Atelier. Si en 1994, l’Atelier comptait 31 Frères confiant dans l’avenir; et 25 membres en 1998, en 2012, elle n’en compte plus que 19. La moyenne d’âge de nos frères est élevée et la relève se fait encore attendre.

De par l’absence de recherches, il n’a pas été possible de savoir si certains Frères de la CdA étaient « célèbres » dans le canton de Vaud. Cependant, il est probable que, vu de leur profession et leur fonction, des Frères devaient être connus dans le canton, voire en Suisse.  A ce titre, nous pouvons citer le Colonel Paul Collet, le Capitaine Gédéon Anex, Le Préfet Charles Veillon, le Frère Jean-Gabriel Rumilly, pasteur à Vevey, puis à Château-d’Oex, le Frère Rumilly, père, Principal du collège d’Aigle.

En outre, la CdA peut s’enorgueillir d’avoir eu deux Frères décorés de la médaille d’argent de la GLSA, pour leur 50 ans de maçonnerie en 2009 et 2012.

La Loge à ses débuts comptait des Frères pasteurs et des théologiens, qui utilisaient vraisemblablement la Bible pour les travaux, sans en faire une obligation pour les frères de la Loge. Aujourd’hui, de nombreuses professions sont représentées au sein de la CdA, professions libérales, vignerons, agriculteurs, restaurateur, fonctionnaires, ouvriers salariés ou indépendants. Le VMC, choisi lors d’une l’Assemblée générale, dirige les travaux durant 3 ans.

La CdA n’entend pas faire de l’élitisme, mais souhaite offrir à chaque Frère la possibilité de s’épanouir et de tendre à un monde meilleur en s’améliorant soi-même, par des tenues, des séances, et autres conférences. La simplicité prévaut afin d’éviter la course aux « Honneurs »  telle que nous la connaissons dans le monde profane, respectant ainsi la philosophie de Friedrich Schroeder (1744-1816).

Dès 2011, sous l’impulsion d’un VMC, diverses actions ont été entreprises afin de combler les rangs sur nos colonnes, mais avec beaucoup de peine Les Frères se réunissent actuellement une fois par mois, le mercredi. Les Frères de la CdA, ont ouverts leur porte aux visiteurs, ont rendu visite aux Loges sœurs de la région. (Le Chablais pris de Vevey à Martigny ne compte pas moins de 8 Loges reconnues par la GLSA). Afin d’assurer l’ouverture des travaux, la CdA a conclu un “partenariat” avec la Loge Constante et Avenir à l’Orient de Vevey. Trois Frères de chaque Loge disposent d’une double affiliation et ainsi peuvent tenir des plateaux dans chaque Loge et assurer la tenue des travaux.

La CdA dispose depuis juillet 2011 d’un site internet : cda-aigle.ch.


[1] Paul COLLET, VMC, “La Chrétienne des Alpes à l’orient d’Aigle, 1820 – 1920”, Lausanne, Imprimerie Jordan, Blanc & Fils, Louis Noverraz, 1920.

Paul COLLET, Fr:., “Loge maçonnique La Chrétienne des Alpes, à l’Orient d’Aigle, 150ème anniversaire, 1820 – 1970”, Lausanne, Imprimerie Fr:. Ernest Chuard.

[2] Article 2 des “Statuts de la Loge maconnique de St-Jean  N° 2,  “La Chrétienne des Alpes, à l’Orient d’Aigle”, modifiés et acceptés en juin 1982